Pour sortir du cadre… Encore faut-il en avoir un !
Dans l’imaginaire de la société, l’artiste (ou le créateur
de manière générale) doit être spontané. Cette image un peu
« bohême » conduit à l’idée que pour avoir de l’inspiration, il faut
être bordélique. Théorie confirmée par des recherches scientifiques visant à
démontrer qu’un environnement en désordre permet de stimuler la créativité des
employés… Et les médias de titrer dans la foulée « un bureau en désordre
rend créatif ! »
Oh laaaa ! Doucement. Cette étude montre qu’un
environnement en désordre, certes, pousse à trouver des idées et des solutions
originales. Conclure que désordre = créativité, pourtant, c’est aller un peu
vite ! Cela dépend d’abord au public auquel on s’adresse : les
employés d’une entreprise, par exemple, ont besoin d’être créatifs pour
contourner des problèmes. Les idées ingénieuses, dans ce sens, proviennent en
effet souvent de personnes dites « bordéliques ».
Mais cette créativité au sens ingéniosité est-elle la
créativité de l’artiste ? L’artiste cherche-t-il des « idées »
quand il veut être créatif ? Je ne le pense pas. Le créateur qu’est
l’écrivain, le compositeur, le graphiste ou celui qui confectionne des poupées
à base d’objets recyclés a plutôt besoin d’un espace pour exprimer des idées
qu’il a déjà, autrement dit un espace pour que l’esprit exerce sa
retranscription d’une idée. Quand le créateur sent qu’il a « de
l’inspiration », ce n’est pas souvent sous la forme d’idées : c’est
plutôt le moment où il accède à une sorte de transport vis-à-vis de sa
création : celui qui écrit brusquement pendant des heures, celui qui
compose au beau milieu de la nuit… Et cet état de « transe » (même si
à mon sens le mot est un peu fort) ne se réalise que si d’une part l’esprit a
réussi à mettre de côté des soucis matériels et psychologiques pour se
concentrer sur ses idées. Idées qu’il a déjà cultivé dans son esprit en
regardant la circulation bordélique dans la rue ; car une idée se mûrit
(j’y reviendrai dans un autre article !) et le problème de l’artiste n’est
donc pas de trouver des idées (ce que généralement il sait faire) mais plutôt
de pouvoir les exprimer au bon moment… Et au bon moment, avez-vous le bon cadre
pour travailler ?
Que faire alors ?
Avouons-le-nous : si nous faisons mine d’apprécier
notre chantier quotidien, c’est un tantinet parce que l’on considère que ranger
est une perte de temps et d’énergie d’une part, et que cela contribue à notre
image d’artiste d’autre part (« je suis comme ça, moi ! »). En
bonne bordélique depuis ma tendre enfance, j’ai toutefois entendu un jour que
l’ordre créait de l’espace pour votre création.
Il est vrai, ai-je découvert en tentant d’appliquer ce
conseil, qu’un bureau encombré par exemple, ne m’empêchait certes pas d’avoir
de bonnes idées, mais encombrait toutefois mon esprit (---> tiens, la
feuille des impôts que j’ai pas payé, et – oh ! Ils vendent ça à la FNAC
maintenant ?!). Tandis qu’un bureau vide, où reposent uniquement une feuille
blanche et un crayon, stimulait immédiatement mes idées et mon envie de
« remplir » cette feuille encore vierge.
Pour ma part, j’ai donc remarqué que l’ordre augmentait
incroyablement mes facultés de concentration. En créant de l’espace pour cette
concentration, nous stimulons notre inspiration, et notre fameuse créativité
peut enfin s’exprimer dans cet espace.
A mon sens, ceci vaut autant pour nos espaces de travail
matériels (bureau, atelier…) que virtuels ! Lorsque sur notre écran, deux
pages de réseaux sociaux côtoient un blog, la recette de pâtes au roquefort et
quatre dossiers, il y a peu de chances pour que notre esprit parvienne à
s’exprimer dans la page Word perdue dans ce fouillis !
Sur écran comme physiquement, je vous conseille donc d’opter
pour le minimalisme (moins on en voit, mieux c’est !), de l’ordre et
surtout, de ne pas laisser à portée de vos yeux ou de vos mains des choses qui
ne sont pas utiles pour votre moment de travail.
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